Les COURMES
un vieux nom du Pays de Grasse


« Le temps a cargué ses voiles* » Saint Paul

Monographie

    La souche

    La famille Courmes olim de Corma, Corme [Cormesse au féminin] est une famille française subsistante issue de la vieille bourgeoisie de la cité puis ville de Grasse1, 2 , en Basse-Provence orientale. Son berceau est le village voisin de Courmes3 *. Sa filiation est prouvée depuis le XVIme siècle4.

    La souche est grassoise, le nom apparaît pour la première fois dans la Gallia Christiana nova5, 6 , au temps du Consulat de Grasse, durant la seconde moitié du XIIme siècle; Lorsque, le 29 septembre 1176, P. de Corma est témoin de la signature d'une charte entre Bertrand de Grasse et Bertrand 1er, évêque d'Antibes.
    Dès cette époque, les grassois revendiquent bien haut la qualité d'alleu pour leur ville7.

    Courmes fut un nom d'homme très anciennement porté à Grasse. L'onomastique en est connu8, 9 : Marie-Thérèse Morlet dans son dictionnaire étymologique des noms de famille le definit comme un nom de localité d'origine et plus précisement, dans cette catégorie, un nom de provenance. Celui « qui est originaire de Courmes ». Pour son anthroponymie, elle rejoint Albert Dauzat qui dans son dictionnaire étymologique des noms de lieux en France le qualifie d'ancien provençal, corma, cornouille. Un lieu « planté de cornouiller ». Mais elle ne reprend pas dans ses recherches récentes, la possibilité laissé par Dauzat d'un oronyme pré-latin, ce dernier est en effet bien plus nissart que grassois et il n'a pas été possible de le relier à Corma.


    La robe

    L'existence d'une première famille de ce nom a été identifiée par Gilette Gauthier-Ziegler dans son livre Histoire de Grasse au Moyen Âge 1155-1482, en effet elle observe que de la fin du XIVme siècle à la fin du XVme les Courmes faisaient partie des familles qui se transmettaient immuablement les fonctions de conseillers au Conseil de ville, Consilium ordinarium, écho du lointain consulat de Grasse. « Les conseillers n'étaient pas payés, les notaires et les gens pourvus d'un office devaient renoncer à leur fonctions pendant le temps de leur admission au Conseil. Une sorte d'aristocratie s'était formé »10, [dirons nous un lignage urbain]. Ce sont toujours les mêmes noms qui figurent sur les listes du conseil : les Aynési, les Poloys, les Achard, les Courmes, les Roque, les Grenon, les Meyfred, les Turlaire, les Muraire, les Tombarel, les Simosse, les Sauvan, les Laugier, les Tossans, les Rabuis, les Théas et les Bonnefoy semblent se transmettre immuablement les fonctions de conseillers. La famille Courmes subsistante au XXIme siècle revendique invinciblement une origine commune avec cette première stirpes*.

    « Dès le XIVme siècle la féodalité laïque n'existe plus à Grasse, à cette époque les Courmes, citoyens de Grasse, font partie de la classe des clers, notaires ou gradués en droit, ils sont fort recherchés et appréciés. Lors de leur participation au conseil, on leur fait examiner les affaires difficiles et les lettres au Roi ou au Conseil royal leur sont soumises avant d'être expédiées. À cette même époque, lorsqu'ils sont qualifiés de « nobilis, honoratum, proborum virorum » c'est que ce sont des propriétaires qui vivent de leurs biens.
    Les citoyens grassois jouissaient des libertés civiles que leur avait reconnues l'accord de 1227* : liberté d'aliéner tous leur biens, sans payer de droits de lodz ou trezain, liberté de tester, liberté d'acquérir des immeubles dans tous le diocèse d'Antibes. Ils avaient en outre, le droit de n'être jugés, pour quelque crime ou délit qu'ils eussent commis que par le juge de la Cour comtale installée à Grasse. Les grassois revendiquaient hautement ce droit11. »

    Les sources que nous possédons confirment effectivement l'existance d'une lignée de robe portant ce nom à Grasse du XIIIme siècle au XVme. Durant tout le bas Moyen Âge nous les trouvons : Regardatores, Notaire, Avocat, Fermiers généraux, Baile-Clavaire et Juris peritus :

    Raymundus de Corma, regardatores, (l'un des premiers de la Regarderie fondé en 1259). Le 20 novembre 1260 il est l'un des signataire du premier règlement édicté par le viguier de Grasse pour les tanneurs de la ville de Grasse12, 13. Le 6 février 1288 il a signé avec dominus Milo Oliverius de Corma, notaire, une décision prise par une assemblée de citoyens d'établir à Génes un consul pour lever sur les marchands Grassois trafiquant dans cette vile, des taxes destinées à obtenir le maintien de leurs privilèges14, 15.

    Petrus de Corma, notarius. Le 24 fevrier 1311 il est l'un des signataire du tarif établi par des prud'hommes pour les opérations des arbitres de la ville de Grasse. (Nomina dictorum proborum virorum sunt hec : Ce sont les noms des hommes dits vertueux)16, 17.

    Luquetus de Corma et Gaufridus Corma, cités en 1333, testis de Grassa dans le registre de la viguerie de Grasse18, 19.

    Petri de Corma cité en 133820, et Robertus de Corma 21.

    Honoratum Paulum Corme, baile-clavaire de Villeneuve le 29 décembre 1361 et clavaire de Grasse le 12 février 1368. Fermier-général, il a loué par deux fois la gabelle de Grasse, le 1er septembre 1366 et le 2 juillet 137222.

    Jacques Corme devint fermier-général de la gabelle de Fréjus le 1er septembre 1366; Pour son poste de clavaire de Castellane, le 22 décembre 1361, il fut appuyé par les fidéjusseurs, noble Marc de Grimaldi, de Nice et Paul Corme, de Grasse23.

    Grassus Corme, nobilibus et circunspectis viris homme de noble qualité, avocat, Jurisperitis. Il fut juge de Brignoles 1er septembre 1375, d'Hyères 5 septembre 1376, et de Trascon 17 juillet 1380. Le 15 mai 1386 il est cité dans les Grandes lettres patentes accordées aux citoyens de Grasse par la reine Marie, tutrice du roi Louis II, en raison de leur attachement dans la lutte contre Charles de Duras24, 25. Le 30 octobre 1391 Domino Grasso Corme est jurisperito de Grassa lors de l'échange de prisonniers intervenu entre le Sénéchal de Provence, Georges de Marle, et Vita de Blois, capitaine du comte de Savoie26, 27.

    Louis Corme, moine en 1388, fit promesse d'obéissance à Règle de saint Benoît28.

    1. Dame Catherine Cormesse fut la première femme reconnue de ce nom, citée en 1410 , elle épousa noble Honorat Corme, docteur en droit, Juris peritus29, Juge du palais de Marseille le 8 juillet et 24 novembre 1379, juge de Digne le 2 septembre 1380, nous le suivons le 25 octobre 1385 donnant en métayage une terre en s'engageant à payer la première année, le tiers des dépenses occasionnées par le binage de mai. Nous le retrouvons en mai 1400 où il participe à la reprise du monastère de Lérins, tombé aux mains de corsaires génois, sous la conduite d’un nommé Salagerius30. Nous la trouvons veuve citée en 1417 lors de la vente à l'infirmier de deux faisses de terre sises lieu-dit au-dessus de N.-D. de Lyesse, en 1418 en procès puis transaction avec le couvent de saint François et le 26 janvier 1445 ratifiant une donation en faveur de ses trois fils :
      1. Elzear Corme, notaire, ses actes, qui s’échelonnent de 1412 à 1447, sont daté selon le style florentin en changeant de millésime le 25 mars, jour de l’Annonciation. Ils nous renseignent notamment sur ses relations avec la famille de Villeneuve. Un acte du 6 mars 1423 nous indique qu'il est notaire pour le compte de Villeneuve dans sa seigneurie31, ce que confirme un arbitrage pour François de Villeneuve du 23 janvier 1424, l'acte est rédigé dans le château de Gréolière en présence de Bertrand III de Grasse. Nous lui trouvons également une clientèle juive et la rédaction de plusieurs dettes envers des prêteurs juifs de Grasse : Mossono Jassielis, Jacob et Levi. Il faut signaler une acte de laudime pour le couvent des dominicains le 9 novembre 1442 et la nomination du conseil de la communauté de Grasse (sindicatur universitatis Grasse) le 12 novembre de la même année. Nous apprenons par ailleurs qu’il possède une maison à Grasse et une à Saint-Paul ce qui explique cette activité partagée entre les deux villes32.
      2. Pierre Corme, il est résident citoyen grassois en 1439* , licencié en droit, notaire, ses actes s’échelonnent de 1428 à 1447, il date également ses actes selon le style florentin. Le 17 janvier 1441 il rédige l’acte de renouvellement pour un an du syndicat de Cannes avec la liste des syndics, clavaire, arbitres, taxateurs, conciliateurs et auditeurs ainsi qu’un arrentement de moulin, le 21 février 1440, pour deux ans par Nicolas Grimaldi coseigneur d’Antibes moyennant 70 setiers d’annone33 Dans une procuration du 14 avril 1439 Pierre Corme figure parmi d’autres notaires en tant que résident citoyen grassois34.
      3. noble Jacques Corme II, notaire, ses archives ont souffert de nombreuses pertes, il utilise peu le provençal et utilise le style florentin de l’Annonciation pour changer de millésime. Il bénéficie surtout de la clientèle des institutions religieuses, les Franciscains de Grasse ont souvent recours à ses services, il intervient aussi régulièrement pour les moines de Lérins. Il est d’ailleurs baile et notaire de la cour abbatiale de Lérins35, et juge de la cour de Saint-Vallier dont l’évêque de Grasse est seigneur. Un acte du 17 mai 1486 est très intéressant car il nous renseigne sur la construction de la chapelle Saint-Pierre dans l’île de Lérins, le commanditaire était alors prieur de Clumanc. Il teste le 7 août 1496 en faveur de son fils Jacques Corme III36, il signe le 5 juin 1497 l'acte d'habitation d'Auribeau donnant que « pour le moins 25 chefs de maison, seront tenus et leurs successeurs à perpétuité faire hommage et prêter serment de fidélité en double forme au seigneur evesque, comme Prévost de lad église de Grasse »37, 38. Jacques serait, semble-t-il, décédé en 1507.

Egias Corme Notaire de Grasse. Le 6 setembre 1421 il signe un acte «d'engagement des fruicts de l'Abbaye (monastère St-Honoré)»39,40.

Cézair Corme, Notaire de Grasse en 142241,42

Le 15 janvier 1482 Les Courmes deviennent français lorsque les Etats de Provence, confirmant le testament de Charles du Maine, ratifièrent la réunion sur pied d'égalité de la Provence à la Couronne.


« Un collant de crêpe garni de lacets d'or »

le XVIme siècle est un temps de schisme et de peste. Pourtant les structures économiques, parfaitement adaptées au commerce dès le Moyen Age, supporteront ces assauts. La cité ne sera pas ébranlée, le brillant essor économique et social de Grasse se poursuit avec régularité sous la monarchie française.

Luc Corme II, clerc, reçut la tonsure en 1504 43, signe de renonciation au monde.

    1. Jhean Corme, époux de Magdeleine Tardive. Dont :
      1. noble Honorat Corme II
        1. noble Doulcette Cormesse Le 15 décembre 1538 sire Claude Giraud et les hoirs de feu François Giraud de Grasse. Honnorat et Barthelemy Rqoquemaure frères, fils de feu Raphael et héritiers de feu noble Doulcette Cormesse ...
        2. Honnête personne Peyronne Cormesse, épouse de François Niel, marchand, dont la fille Magdeleine est doté de 600 florins et épouse le 17 octobre 1547 Pierre Ainesy, fils de feu Anthoine dit sabatier et de Peyronne de Malvans. Peyronne avec le consentement de son père noble Honnorat Corme et de son mari donne une augmente de dot à sa fille de 100 florins. Contrat de mariage fait à Grasse dans la salle de la maison dudit Noble Honnorat Corme44.
        3. Elysabeth Cormesse
        4. Jacques Corme IV
      2. Matthieu Corme , époux de Julianne Augière
      3. Lazare Corme
      4. Marguerite Cormesse, fait donation le 25 août 1570 et déclare que l'indisposition de sa personne l'empeche de recouvrer ses droits tant sa pension qui sont tenus à faire annuellement, lesdits Matthieu et Honoré et Anthoine et Lazare Cormes ses frères légitimes ... que tant les droits a elle de la sucession de feu Louise Cormesse sa soeur. Faitdonation entre vifs à Matthieu Cormes son frère de toutes les pensions et droits légitime de succession moyennant que ledit Mathieu la nourisse, l'entretienne en une chambre de sa maison sa vie durant, donne à Augière Cormesse née Julliane femme dudit Mathieu un cordon d'argent. Fait à Grasse dans le jardin joignant la maison dudit Matthieu Cormes45.
      5. Anthoine Corme
        1. Françoise Cormesse fille de feu anthoine et femme d'Aubertin Jourdan de grasse teste le 13 avril 1585 lègue a son mari durant sa vie, les fruits et usufruits de la moitié de toute sa dot à la charge qu'il nourira son fils. Lègue aa Jaumette, sa soeur, sa robe rouge, un collant de crêpe garni de lacets d'or avec manche de velours noir. Héritier universel Guilhem Jourdain son fils avec ledit Aubertin. Devra faire inventaire de tous ses biens par un notaire que Lazare Corme et Nicolas Ysnard (ce sont les oncles de Jaumette) choisirons. Fait à Grasse dans la maison dotal de la testatrice.
        2. Jeanette Cormesse
        3. Pierre Corme

« Pour lamour que porte a Jane »

La famille Courmes subsistante dont la filiation est prouvée depuis le XVIme siècle, est issue en lignée agnatique du capitaine huguemot Luc Corme III et de son épouse Jane Henrique*, qui testent tous deux le 14 avril 158046 :

« ... Premyerement, pour ce que lame est plus digne que le corps, icelle a recomandé a Dieu tout puissant, le priant luy pardoner ses pechés ainsi quil faict a qui la offancé. Laissant son corps a la terre et encepvelli, cellon sa relligion (protestante) ... pour lamour que porte a Jane sa famme en faire et dispozer a sa vollonté tous et chacuns ses acoutremens et juiaulx et que tous ses biens tant meubles que immeubles soyent inventorisés par un Maître ... substitué lun lautre par stirpes et non par capita. Ledit cappitaine Luc Corme testateur a nomé executeur de son present testament son frere Maître Bernard Corme docteur ... a faict, institué et de sa propre bouche, a haulte et voix intelligible, a nommé et nomme ses heretiers universelz, scavoir est Jacques Corme IV son filz et autres males, si Dieu luy en mande, substituant ladite Marione Cormesse et autres filhes si en avoyt ... faict et publié au teroyr dudit Grasse, au quartier de Ribes, dans la vigne des hoyrs de feu son frère Giraud Corme ... » Transcription FranceGeneWeb.

En 1580, Luc est sans doute jeune, deux de ses fils ne sont pas nommé dans ce testament (Pierre et Anthoine). Sensible à un retour aux sources du christianisme, il ressent le besoin de considérer la religion et la vie sociale d'une autre manière. Il se tourne vers la réforme et prends les armes. De coups de mains en chevauchées et prises de bastions catholiques, Grasse devient un fief protestant, mais la peste rode, la confusion règne. Les deux frères de Jane Cormesse montrent les déchirements au sein de la famille : l'un Honoré est capitaine huguenot, compagnon d'armes de Luc et l'autre Louis est chanoine de la cathédrale Notre-Dame du Puy de Grasse.

En 1589 Henri de Navarre monte sur le trône de France. Henri IV modifie petit à petit sa position vis-à-vis du protestantisme et des huguenots. Plusieurs courriers invitent leurs capitaines à rendre les armes ; en remerciement, le souverain promet son pardon.
Le 14 novembre 1589, le baron de Vins, chef des ligueurs en Provence, mit le siège sous les remparts de Grasse. La ville resista plus d'une semaine, assaillie par deux mille fantassins et mille cavaliers. À la fin de cette semaine sanglante Grasse capitula, mais le 20 novembre 1589 le baron de Vins fut tué. Luc survécut et il testa à nouveau le 21 novembre 1589, abjurant sa foi il reste fidèle à son roi. En 1593 le roi abjure lui aussi, la ligue s'effondre en Provence, La Plane fut poignardé et les Savoyards se retirent définitivement hors du Pays de Grasse, c'est la fin de trente années de douleur et d' « épouvantement ».

Les Courmes, resté catholique, ce sont maintenue à Grasse du XVIme siècle au XXme, ou ils ont prospéré dans le négoce, le commerce maritime et la politique.

Sous l'Ancien Régime, ils sont només pour la première fois « Bourgeois » le 9 décembre 168347.

Le négoce, « comme le trait distinctif et comme l'honneur de la cité »

La prééminence de la tannerie durant des siècles de la vie grassoise est inconstestable, l'ensemble des familles de notables y participent avec profit, le petit fils de Luc, Anthoine Courmes II, époux de Lucrèce Pons (1643), est maître-cordonnier. Leurs fils donnent deux branches principales : l'une bourgeoise avec Honoré Courmes III et l'autre marchande avec Gaspard Courmes. Ce dernier est le fondateur, aux alentours de 1690 et pour deux siècles, de la première fabrique de savon grassoise. Il est inhumé dans la crypte de la cathédrale Notre-Dame du Puy de Grasse .

En 1696, son neveu le Père Louis Courmes, reçut ses armes d'office enregistré à l'Armorial général de France en 1696 . Portant de sinople à la bande d'or, il est dit qu'il est « bénéficier en l'église-cathédrale de Grasse ». Il célébra le 26 août 1708 en la cathédrale Notre-Dame du Puy de Grasse le mariage de son cousin germain Nicolas Courmes, procureur au siège de cette ville de Grasse, avec Marie-Anne Blacas .

Très prospère, la savonnerie entretient d'étroites relations de par sa nature même, avec l'huilerie et la parfumerie naissante. L'objet, le but commercial recherché est vaste. Aux côtés des cuirs apparaitront de bonne heure le blé, les huiles, les fleurs, les produits tropicaux et même la banque privée. Les « négociants » grassois forment une caste où les liens familiaux et pactes d'intérêts s'enchevêtrent à l'extrême. Ainsi Grasse, cité de Consulat par la grâce de Dieu, ville mercantile par excellence, aux familles de négociants distinguées, très riches, plus instruites et cultivées qu'ailleurs dans la Provence Orientale. Tenant « le négoce comme le trait distinctif et comme l'honneur de la cité » ainsi que l'écrit Agulhon, « L'âme de la cité demeurant profondément bourgeoise », comme l'écrit Fontmichel, ville royal ne dépendant d'aucun seigneur* , comme le souligne Carrot. Grasse aimée par Sénéquier et, puis-je le dire, par Courmes. Grasse des Oxybiens du joyeux Abbé Massa 48 dont Gilette Gauthier-Ziegler honore l'imagination49, Grasse donc, verra la Révolution maitrisée et orientée par sa bourgeoisie d'affaires50.


La politique, « par le sang et l'intérêt »

À la veille de la Révolution française les Courmes font partie des 28 familles de la haute société grassoise dont Hervé de Fontmichel donne la liste et qu'il décrit comme « extremement fermé, uni par le sang et l'interet ». Elle comporte une minorité aristocratique d'origine féodale et une majorité de familles, nobles ou notables, issues du monde des affaires51 : Les marquis de Grasse , possédant encore quelques fiefs aux alentours de la cité, tel Cabris jusqu'au XVIe siècle et Le Bar jusqu'à la Révolution; les Villeneuve , seigneurs de Vence, de Gréolières, de Beauregard; les Clapiers , seigneurs de Cabris; les Bompar ; les Lyle-Taulanne ; les Pontevès ; les Théas , seigneurs de Caille, de Gars et d'Escales; les Court , seigneurs d'Esclapon, Fontmichel et Séranon; les Durand , seigneurs de Sartoux; les Lombard , marquis de Gourdon et de Montauroux; les Cresp , seigneurs de Saint-Cézaire; les Geoffroy , marquis du Rouret; les Mougins , seigneurs de Roquefort; les Fanton , seigneurs d'Andon et Thorenc; les Tressemannes , seigneurs du Chasteuil et du Puget; les Robert , seigneurs d'Escragnolles; les Amic ; les Roubaud d'Antelmy ; les Luce ; les Courmes ; les Chiris ; les Isnard ; les Gazan ; les Pérolle; les Gallimard ; les Fabre ; les Emerigon ; les Bain .

Le petit fils de Gaspard, Pierre-Gaspard Courmes (1731+1802), bourgeois52, est juge de paix et consul de Grasse, recteur des Pénitents blancs de Grasse (1769, 1770 et 1783)47 et administrateur du département du Var (1792). Il est l'un des 550 plus imposés du Var46b et fait partie de l'équipe libérale qui réussit à se maintenir jusqu'à la Terreur, sous la présidence du maire Honoré-Marie Court « ci-devant seigneur d'Esclapon et Séranon ». Le député Honoré Courmes, frère de Pierre-Gaspard, est présent le 22 mars 1789 à l'Assemblée du Tiers-États de Grasse qui se tient dans la salle de l'hotel de ville, il est député, représentant des « Sieurs fabricants a savon » .

Un moment, sous Robespierre, ou plutot sous le joug de son frère Augustin Robespierre et de Ricord, Grasse sembla vaincue. Les bourgeois qui la maintenaient jusqu'alors, au jour le jour, dans la voie de l'opportunisme et du pragmatisme, apercevant l'écume révolutionnaire qui s'apprêtait à les submerger, se retirèrent avec aisance48, certe, mais tout de même « sous peine de mort ». Alors comme l'écrit avec justesse Rinaudo : « La bourgeoisie patiente, tenace, s'est enrichie en attendant que son heure revienne49 ».

À la chute de Robespierre la terreur s'effondre avec une incroyable rapidité, son administration disparaît, le club révolutionnaire est deserté, les églises sont rouvertes et le 21 brumaire an III (11 novembre 1794), les représentants du peuple, Auguis et Serres, nommèrent une nouvelle municipalité de Grasse dont le premier président fut Courmes-Chautard et de 1797 à 1798, c'est un Courmes qui fut commandant de la Garde nationale de Grasse.

Un des leurs, le fils ainé de Pierre-Gaspard, Claude-Marie Courmes (1770+1865) c'est particulièrement illustré dans les affaires et la politique, il fait partie de la liste des « Grands notables du premier Empire du var » de Frédéric d'Agay ou nous retrouvons 15 des 28 familles grassoises50 qui ont survécu au grand chambardement et gardé leur position : Les Bain; les Court de Fontmichel; les Gazan, comte la Peyreire; les baron Isnard; les Luce; les marquis de Lyle-Taulanne; les Mougins de Roquefort; les Courmes; les Cresp de Saint-Cézaire; les Lombard, marquis de Gourdon; les Roubaud d’Antelmy; les Geoffroy, marquis du Rouret; les Théas de Gars; les Villeneuve et les Pérolle.
Claude-Marie épousa en 1801 Marie Marguerite Justine Isnard (1779+1851), nièce du Baron Isnard et arriere-petite fille de Clere Courmes.
Jeune il est l'un des meneurs avec Honoré Pérolle, ancien notaire royal et Joseph de Court-FonMichel d'un groupe de jeunes royalistes grassois les « Enfants du soleil » qui forment notamment un rassemblement contre-révolutionnaire le 7 ventôse an V (1797) à Grasse sur la place aux Aires où l'on chante « le Réveil du peuple » Claude-Marie donnait le ton aux cris de « Vive le Roi ! » « A bas la République » « On l'a vu également ce jour distribuer des fusils aux participants »29.
Suspecté en l'an II, il est entré au conseil municipal après Thermidor, il a été poursuivi après le coup d'état républicain du 18 fructidor an V, membre du collège électoral d'arrondissement en 1804, conseiller général du Var de 1811 à 1833, il siege dans la majorité soutenant la Monarchie de Juillet. Il est Élu député du Var (circonscription de Grasse) le 5 juillet 1831. Les sentiments royalistes qu'il manifesta le firent nommer maire de Grasse de 1830 à 1835. Il reçoit la première Legion d'honneur de la famille, il est fait Chevalier de l'ordre royal de la légion d'honneur le 26 janvier 1833.




en construction

Images

    P. de Corma (Courmes), Témoin d'une charte le 29 septembre 1176
    Le 29 septembre 1176 P. de Corma (Courmes) signa comme témoin une charte entre Bertrand de Grasse et Bertrand 1er, évêque d'Antibes.


    Dalle funéraire de Gaspard Courmes (1664-1749), crypte de la cathédrale Notre-Dame du Puy de Grasse



    Claude-Marie_Courmes(1770-1865)
    Claude-Marie Courmes (1770-1865), photo prise à Grasse par son neveu Charles Nègre
    En savoir plus sur claude-Marie Courmes



    Chapelle Maure - Courmes, St Saint-Cézaire-sur-Siagne
    Chapelle Maure - Courmes, St Saint-Cézaire-sur-Siagne



    Marcel Courmes aviateur en 1915
    Marcel Courmes, aviateur français en 1915
    En savoir plus sur le chef d'escadrons Marcel Courmes



    Marie-Françoise_Courmes, église de Courmes
    Marie-Françoise Courmes, église de Courmes



    Bibliographie

  • Maurice Albert Léo d'Armagnac Delcer de Puymège, Les Vieux noms de la France méridionale et centrale À la Vieille France, 1981.
  • Marie-Thérèse Morlet, Dictionnaire des noms de famille, Librairie Académique Perrin, coll. « Présence de l'histoire », 2005.
  • Albert Dauzat et Charles Rostaing, Dictionnaire étymologique des noms de lieux en France,Librairie Guénégaud, 1963.
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  • M. L'abbé Alliez, Les Iles de Lerins, Cannes et les rivages environnants. Paris, 1860.
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  • Hervé Court de Fontmichel, en collaboration avec Michel Vovelle, Deux notables provençaux sous la Révolution française in Provence historique, Aix-en-Provence, 1967.
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  • Robert Maestri, Commandant Lamy, un officier français aux colonies, Maisonneuve et Larose, 2000.
  • Jean Gondet, Saint-Cézaire sur Siagne, histoire d'un village de Provence, 1965.
  • Maurice Agulhon, Pénitents et Francs-Maçons de l'ancienne Provence, Arthème Fayard, 1968.
  • Jean-Marie Cresp, Grasse capitale de la Provence orientale, Tac Motifs, 1992.
  • Stanley Clisby Arthur, Old families of Louisiana, édition Clearfield.
  • René Martel, préface du général Louis de Goÿs, L'aviation française de bombardement, des origines au 11 novembre 1918. édition Paul Hartmann, 1939.
  • Albert Maloire, Colditz, le grand refus, « captifs peut-être ... Vaincus jamais ». édition Le Condor, 1982.
  • P. R. Reid, Colditz : The Full Story, Zenith Press, 1984.
  • Leonce Petitcolin, Les fortes têtes, 1940-1944, La forteresse de Colditz, édition France-empire, 1985.
  • Edmond Goblot, La barrière et le niveau. Etude sociologique sur la bourgeoisie française moderne, 1925.
  • Xavier de Montclos, L'ancienne bourgeoisie en France, Éditions A&J Picard, 2013.



Le cornouiller mâle ou cornouiller sauvage (Cornus mas)



2021 O. C.